Au Crépuscule #5 : intérêts


<Plus je déroule mes publications, plus j’ai l’impression d’avoir des tartines à raconter sur le roman et l’écriture en général. Comme ce serait aussi risible que vain d’essayer de vous convaincre que “Au Crépuscule” est le meilleur roman de l’univers, je vais plutôt traiter de trois points qui me semblent intéressant pour le roman et l’écriture en général… en espérant que ça convainc davantage ^^ >

En lisant et en écoutant les retours concernant Presque Minuit, j’ai pu prendre du recul sur le roman et je me suis rendu compte qu’après la dernière page de l’histoire, j’avais un casting de survivants hauts-en-couleurs. Peut-être pas une équipe de X-men mais un ensemble d’une douzaine de personnages avec tous une “couleur” ou des particularités… exotiques (faites l’expérience de caractériser chacun des survivants par un mot ou un archétype et vous comprendrez ce que je veux dire). En tout cas, un vrai terrain de jeu pour l’imaginaire qui m’a donné envie d’exploiter le potentiel de chacun, de concrétiser tout ce qu’ils avaient en eux, et de les faire évoluer d’autant plus. Ainsi, j’ai veillé à ce que tout le monde – même le troisième rôle qui n’apparaît que quelques chapitres – ait une trajectoire, qu’ils soient tous différents entre leur première et leur dernière apparition. Je pense que ça apporte une réelle satisfaction à la lecture de voir que ces personnages vivent et changent – même si (et justement parce que) pas toujours comme on le voudrait : ce n’est pas lisse, ce n’est pas factice, ce qu’ils vivent à de l’importance. Je pense qu’à la lecture, ça se ressent par le fait qu’on ne puisse jamais réellement deviner ce qu’ils vont devenir et faire prendre conscience que chaque choix, chaque petite phrase, chaque décision peut influencer cette trajectoire. Tout est possible. 

Je crois que lorsqu’on lit un roman, on perçoit – au mieux – 50% de ce que l’auteur a écrit. Parce qu’on ne peut pas saisir toutes ses intentions, les nuances dans les choix de ses mots, dans ce qu’il dit et ce qu’il omet, parce qu’on a pas nécessairement le même bagage culturel, qu’on a pas l’exact même définition des mots et qu’on est pas là, à l’instant t, quand il écrivait le roman qu’on lit des mois ou des années plus tard. 50% donc. Partant de ce postulat, pour parvenir à écrire un texte qui corresponde à quelque chose d’approximativement 100%, l’auteur doit ressentir son histoire, chaque personnage, chaque événement, chaque élément à 200%. Parce que lui même va perdre des subtilités, des explications, des détails entre ce qu’il a en tête et ce qu’il parvient à retranscrire. Ça nécessite donc de vivre le truc à fond, de manière viscérale, afin qu’on puisse percevoir la moitié des intentions à la lecture. Et parfois – c’est un cliché mais il est ici vrai – c’est très intense émotionnellement. Est-ce que je veux faire souffrir ou tuer des gens que j’adore et avec qui je vis dans ma tête tous les jours durant des mois, que j’ai élevé et porté durant des années au quotidien ? Non, bien sûr que non. Mais pour l’histoire, pour le drama, pour que la tragédie soit belle, il le faut. C’est pire que pour ce perso de série que vous avez adoré, c’est une série dans laquelle vous êtes Dieu et le parent de ce personnage. Je me retrouve à devoir battre mes enfants pour satisfaire notre envie de drama. Honte sur vous, honte sur nous.

Anecdote amusante, lorsque j’ai dû effectuer les corrections de mon texte après quelques mois sans l’avoir regardé, je me suis rendu compte que les passages dont je me souvenais que j’y chouinais beaucoup (comprendre “mes personnages chouinaient beaucoup”) ne l’étaient pas. J’étais en plein dans la bascule entre 200 et 100% et mon ressenti exacerbé à l’écriture m’avait induit en erreur sur la réalité de ce que j’écrivais.

Alors oui, évidemment, c’est de la fiction, ce n’est que du divertissement. On peut donc s’en amuser, la minorer, s’en moquer, mais à la base, il faut bien que quelqu’un s’y dédie entièrement, le vive au quotidien, des centaines et centaines d’heures durant, en poussant tous les potards à fond, avoir les yeux humides pour que vous suréleviez un sourcil par moment voire que vous poussiez un “Noooon putain !”. Donc si ça vous le fait à la lecture, imaginez bien ce que ça m’a fait à l’écriture. Mais il le fallait, pour le drama.

Dernier point. Le thème, le truc qui me tenait vraiment à coeur, que j’ai pitché, et que je ne peux pas détailler sous peine de trop en dire. Ce que je peux dire par contre, c’est que je voulais qu’on passe d’un club des 6 – des héros innocents, plein de défauts mais frondeurs et avides d’aventures – à des adolescents qui changent, qui ont déjà un petit recul sur ce qu’ils ont été et qui se demandent ce qu’ils vont devenir. Proposer un décalage fébrile entre l’insouciance (relative) des débuts et une vie d’adulte qui s’amorce avec le besoin impérieux de trouver sa place. Et si j’ai eu envie de mettre en scène ce moment, c’est parce que j’avais en moi l’historique de Presque Minuit, une “origin story” pour ces personnages. J’aurai difficilement pu faire émerger cette histoire en partant de zéro – du moins, je n’y aurais pas cru à 200%. Avec Au Crépuscule, j’ai l’impression d’avoir réellement touché ce que je voulais faire, une justesse dans le rapport des personnages, une certaine vérité. Alors, qu’on ne se méprenne pas, je n’ai pas oublié le côté généreux des scènes d’action, mais on est moins dans les longs affrontements (parfois gores) de PM et plus dans les baffes ponctuelles qui surprennent et font mal. Plus équilibré, plus varié dans les émotions, nuancé dans les ressentis – je crois. Mon objectif était de faire vivre davantage les personnages et ça impliquait de les vivre d’autant plus.

Je sais, je sais. J’ai survendu le truc. C’est normal : j’ai vécu ce roman tous les jours durant des mois, je l’ai porté pendant plus d’un an et donc mon ressenti est aussi sincère qu’un paternel envers son gamin. Oui, il a un peu le visage de traviole, mais peu importe, c’est le plus beau.

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Au Crépuscule sort le 5 septembre chez 404 éditions et il est désormais précommandable partout.

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