Gérardmer 2011 (18ème festival international du film fantastique)

De retour après quelques jours passé à Gérardmer, entouré de neige et de soleil, pour le festival du film fantastique, je vous livre un petit compte rendu de la pelettée de films vus – compte rendu forcément partial puisque c’est le mien ^^. Et comme je suis serviable et que j’aime passer des heures à écrire en long et en large mon auguste avis, je me suis permis d’insérer quelques liens vers les différentes sélections (dans les titres).

Par ailleurs si, vraiment, lire c’est pas votre truc, y’a deux petites vidéos bonus à la toute fin qui valent le coup !

EN COMPÉTITION

I saw the devil (6,5/10)
Petite déception pour ma part. Kim jee-woon fait toujours des films très élégants (Deux soeurs; A Bittersweet Life; Le Bon, la Brute et le Cinglé) et des films très référencés. « I saw the devil » est dans la droite lignée de ses précédents : très beaux et très référencés. Et c’est sur ce dernier point que j’ai du mal, comme pour ses précédents je n’arrive pas à voir la « personnalité » du film. C’est parfaitement exécuté mais c’est très peu original en plus d’être un peu trop long. Après la ghost story post-Ring/Dark Water, le polar froid et maniéré et le western avec un soupçon de Tarantino, on a ici un sous-Park Chan-wook période « trilogie de la vengeance ». Attention, le film est efficace et prenant, mais c’est somme toute assez normal vu le sujet : la vengeance, un sentiment qui parle aux tripes de n’importe quel être humain. C’est coréen, c’est donc visuellement réussi, violemment violent et saupoudré de quelques exagérations rigolotes. Pas mal du tout mais avec un peu plus de personnalité, le film aurait pu être bien meilleur encore.

Bedevilled (4/10)
Pas du tout accroché à ce qui s’est révélé être le Grand Prix du Jury de cette année. Bedevilled est joliment filmé, a ses bons moments mais il m’a beaucoup agacé. Je suis habituellement client des films asiatiques et du jeu d’acteur surjoué (par rapport aux canons de l’acting à l’occidentale) mais c’est ici particulièrement outrancier. Les personnages sont tous à baffer, l’ensemble boursouflé se traîne et énerve, rabâchant jusqu’à n’avoir plus rien à dire et le film n’en finit pas de finir. Le principal soucis finalement c’est que passé le premier quart d’heure, une fois la situation installée, le spectateur sait comment va se terminer le film : quelqu’un, à un moment, va péter un plomb… Mais avant ça, il faut se coltiner une très longue heure de redondance, une heure durant laquelle la situation initiale sera déclinée encore et encore, montrant le personnage naïf être toujours aussi naïf et son entourage méchant être toujours aussi méchant. Alors quand ça s’excite un peu, on est content, sauf que c’est trop court, régulièrement désamorcé et s’étire encore un peu sans qu’on se prenne de passion pour ce qui se passe à l’écran. Oui, y’a de la violence, mais elle se fait sans réelle imagination (on est loin d’un Dream home par exemple, alors que l’outrance est pourtant plus poussée encore). Le film plein de promesses ne concrétise que peu et offre un spectacle bien mineur voir risible (l’un des personnages bat Jason, Michael Myers et Freddy pour ce qui est d’endurer la mort). Et le final, rompant l’unité de lieu, achève le tout d’un grotesque ridicule (la flute bordel !).

Dream home (7/10)
Mon petit plaisir parmi les films en compétition. Dream home n’a sûrement pas la classe d’un « I saw the devil » ou la prétention d’un « Bedevilled », mais justement, le film lorgne vers la bonne vieille Cat III. Attention, le film est loin d’être mal emballé. Au contraire même, il y a de très jolis cadres et les couleurs sont de mises. De même qu’il n’est pas qu’un simple slasher. Le métrage fait penser à Mandy Lane pour plusieurs raisons : le fait que ce ne soit pas qu’un slasher se contentant d’aligner les meurtres, la tonalité légèrement mélancolique et les saillies de violence entre deux moments assez calmes. Et par « calmes », je veux dire flash-backs. Et des flash-backs, il y en a, sûrement un peu trop d’ailleurs et c’est peut-être le seul vrai défaut du film. Autant ils permettent de justifier l’intrigue (« c’est la faute à la Crise ! ») – ce qui en soit est assez marrant (se servir d’un contexte social pour en tirer une excuse à un débordement de violence) -, autant ils sont assez longs et parfois trop appuyés dans ce qu’ils expliquent. Pour autant, le film propose quelques beaux moments de boucherie grotesque, défoulatoires et inventifs, et pour le coup, n’hésite pas à montrer en gros plan ce qui ne serait que suggéré dans une production classique américaine. Et ça, au risque de passer pour le primate de service, j’en suis client quand c’est imaginatif.

The silent house (3,5/10)
Si « The silent house » n’est pas la purge annoncée ici ou là, le film n’est pas pour autant bon. Le métrage possède une vraie ambiance, une langueur certaine induite par le(s) plan(s) séquences réalisé(s) avec le mode vidéo d’un Reflex Canon mais le revers de la médaille, c’est aussi qu’on s’y ennuie – voire on s’y endort – plus d’une fois (ce qui fut mon cas…). Quelques plans sont à sauver (de mémoire : la fuite dans les bois alentours) mais ça saccade pas mal, c’est souvent trop sombre et le twist est aussi fumeux et que foireux.

Ne nous jugez pas (3/10)
Passé le concept initial (le traitement réaliste d’une famille de cannibales mexicains), le film ne propose rien. Mal joué (à l’exception peut-être de la plus jeune actrice), bien mou et vain, « Ne nous jugez pas » est ennuyeux de bout en bout. Là, où l’on pouvait penser que cette famille pauvre mangeait leurs congénères pour survivre, est évoquée une tradition rituelle sans que rien ne soit expliqué ni même sans montrer un seul « déjeuner » ! (pire : ce n’est même pas suggéré). De la à penser qu’il y a tromperie sur la marchandise avec le pitch… Au lieu de ça, on a quelques tentatives de meurtres foirées. Comme le film qui du coup ne raconte pas grand chose…

The loved ones (6,5/10)
Chouette film que The loved ones. Pas de quoi crier au chef d’œuvre tant à sa vision il rappelle d’autres films mais le métrage est compact, bien joué, bien filmé et réussit. Encore une fois, je citerais Mandy Lane pour la photo, le grain de l’image et cette ambiance « teenager désabusé ». Le film prend le temps de dérouler son intrigue, sans jamais ennuyer et propose quelques très chouettes scènes.

Devil (4,5/10)
Devil est amusant si l’on envisage sous l’angle du DTV. Parce que si ce n’est sûrement pas un film de cinéma, c’est au moins un film de vidéo club. Visuellement ce n’est pas moche, scénaristiquement c’est assez couillon. Si comme moi, vous aimez les intrigues « Whodunit« , le film peut se révéler assez divertissant eut égard à sa faible durée mais il manque cruellement de matière pour être véritablement efficace et prenant dans son genre (difficile pour le spectateur de se prendre au jeu du Cluedo sans indices pour pouvoir suspecter les protagonistes autrement qu’à base de délits de sales-gueules).

The troll hunter (7,5/10)
La vraie bonne surprise du festival. Je craignais un peu le syndrome « documenteur » avec une première heure servant de carte postale mal shootée et dix minutes finales où il se passe enfin quelque chose et, ravi, j’ai eu tout faux. Si le film met bien une quinzaine de minutes à démarrer, c’est pour aligner les bons moments pendant toute l’heure et demi qui suit (oui le film dure 1h43). Car le métrage en plus de montrer du troll, comme l’indique le titre, le fait généreusement et de manière aussi impressionnante que marrante. Évidemment le côté docu mit à toutes les sauces depuis quelques temps peut éminemment déplaire mais le fait est que le script contient pas mal de dérision, rentre rapidement dans le sujet, et ce de manière frontale. TROLLLLLL !

INEDITS VIDEO

Heartless (5/10)
Le problème de Heartless, c’est qu’il est aussi réussi qu’il est raté (d’où la note moyenne). Prise indépendamment, chaque scène est plutôt réussie. C’est plutôt léché, plutôt bien joué, parfois inspiré. Mais ça ne fonctionne jamais complètement. Car le gros problème d’Heartless c’est que ce n’est pas un film mais un ensemble de plusieurs films. Le début cite presque « L’Échelle de Jacob » voire même « Angel Heart » mais arrivé à la moitié du métrage, l’oeuvre se barre dans tous les sens ou du moins hésite à chaque bobine. On passe donc d’un thriller psychologique, à quelque chose de totalement fantastique, puis de mélodramatique, voire comique (l’armurier, le gay !), voire romantique, voire dramatique, voire horrifique. Et le film semble pouvoir se terminer toutes les cinq minutes passées cette première heure. Et finalement le capital sympathie du film s’érode au fur et à mesure, car à trop tenter de puiser partout, à s’accommoder à toutes les sauces, le film en perd son goût. Un film « dommage », pas vraiment un échec mais pas non plus maitrisé.

HORS-COMPÉTITION

Machete maiden unleashed
Un documentaire un peu trop excité, un peu trop cut, monté façon MTV mais revenant de manière détaillée sur la période Philippine du cinéma d’exploitation (Roger Corman, Weng Weng et une pelletée de nanars). Intéressant.

American grindhouse
Autre documentaire au rythme plus maitrisé mais par contre un peu trop fourre-tout (blacksploitation, nazisploitation, rape & revenge, etc.) pour se révéler véritablement pertinent. Les deux documentaires semblaient d’ailleurs prévu pour être vus ensemble, étant donné le nombre d’intervenants communs (John Landis et Joe Dante en tête).

Rare exports (5,5/10)
Ma déception du festival. J’en attendais beaucoup. J’avais vu les deux excellents courts métrages il y a quelques temps et il m’avait beaucoup accroché. Las, le film est une « préquelle » et tous ce qu’on voit dans les courts met une grosse cinquantaine de minutes à se former à l’écran… Et les cinquante premières minutes sont vraiment très chiantes ! Le point d’intérêt c’est que même si le film a un petit côté « conte de noël pour la famille », il est loin de l’être (pour la famille) jouant beaucoup sur les contrastes entre les faits délirants et la tonalité sérieuse de l’ensemble. Ainsi, tranchant avec la mollassonnerie du début, les vingt dernières minutes sont particulièrement barrées et drôles. 3/10 pour le début et 8/10 pour la fin.

Mais comme je m’en voudrais de conclure sur une déception, je terminerai en vous proposant les deux fameux courts de Rare Exports, le premier réalisé en 2003 et le second en 2005.


2 commentaires

  1. oooh je suis un peu déçue pour the Rare exports (je le regarderai quand même bien sûr :))
    J ai juste vu The loved ones sur tous ce paquet de films et j ai beaucoup aimé
    Vivement que je vois la chasse au troll!!!

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